Le bal de l’été par Mathilde Guillaume

Paris, le 21 juin 1889, un jour de canicule. Le soleil brillait, point solitaire au milieu d’un océan bleu. Aucun nuage ne semblait vouloir rompre cette harmonie. Une multitude d’ombrelles noircissait le Parc des Expositions. Les dames en corsets et longues robes élégantes qui marchaient au bras de leurs compagnons de promenade avaient beaucoup de mal à résister à la chaleur. Elles s’évertuaient à s’éventer frénétiquement avec leur éventail de tissu ou de plumes. Certaines, au bord de l’évanouissement, ne rêvaient que d’une chose : desserrer cet étau autour de leur taille et arracher les couches de jupons qui les emprisonnaient. La bienséance voulait qu’elles n’en fassent rien. Julia, fille du mondialement renommé Professeur Safran, faisait partie de cette foule d’aristocrates.

À tout juste dix-huit ans, la jeune femme était en âge de trouver un mari. Sa mère, chaperon du jour, saluait d’un signe de tête les gens importants et lançait des regards noirs aux garçons importuns qui souriaient à sa protégée.

— Ce n’est pas ici que tu trouveras un bon parti. Entre ces scientifiques fous, ces inventeurs de pacotille et ces saltimbanques voleurs, je ne comprends vraiment pas pourquoi tu as tant insisté pour venir assister à l’Exposition universelle. Tu devrais plutôt être en train de te préparer pour le bal de l’été. Il faut que tu sois la plus belle ce soir pour attirer l’homme le plus charmant et le plus riche possible !

— Maman, nous avons l’immense honneur que l’Exposition universelle se déroule à Paris cette année. Tu n’es pas curieuse de voir de tes propres yeux cette immense tour de métal ? Elle ne va pas rester éternellement, il faut en profiter tant qu’elle est là. Le futur de la société est en train de se construire dans ce parc, venir voir toutes ces avancées me donne l’impression d’assister en direct au progrès. Et puis, n’as-tu pas toi-même épousé un scientifique un peu fou ? lui dit Julia en souriant.

— Ce n’est pas pareil ! Tu es bien la fille de ton père, à t’intéresser à toutes ces... choses. Je trouve tout de même que cette masse de fer manque cruellement d’élégance et de raffinement ! On voit que c’est un homme qui a élaboré ses plans ! Bon, assez discuté, je meurs de chaud. Rentrons à l’ombre de la maison, nous pourrons nous reposer et discuter autour d’un thé glacé de tes potentiels prétendants au bal de ce soir.

Julia ne se laissa pas si facilement entraîner. Elle réussit à s’arrêter à une exposition de gravures et à un stand de chapeaux. Sur le chemin parcouru, Julia attirait plus d’un regard. Avec sa chevelure couleur de feu, ses yeux émeraude et son petit sourire en coin, elle était admirable. Sur son visage se lisaient sa bonté naturelle et sa bonne humeur constante. Il était d’ailleurs étonnant que la jeune femme n’ait pas encore trouvé chaussure à son pied.

Mère et fille prirent finalement un rafraichissement dans une petite échoppe artisanale. Assises à l’ombre d’un pommier, elles sirotaient une boisson étonnante. Leur serveur l’avait appelée Bubble Tea : il s’agissait d’un thé refroidi dans une cuve en cuivre. Un mélange d’herbes et des boules transparentes non identifiées macéraient dans le fond de leurs verres. Apparemment, c’était la dernière mode à Londres. Le serveur avait lancé un sourire à Julia, ce qui provoqua chez son chaperon une vague d’indignation profonde. Comment un simple employé osait-il courtiser sa fille ? Elle l’éloigna le plus vite possible du stand.

Au moment de partir, quelque chose cogna la robe de Julia. Quand elle se retourna, elle fut surprise d’apercevoir non pas un enfant maladroit mais un petit robot en cuivre. Il tenait un plateau sur lequel était posée une boite en bois sculpté. Il la tendit vers la jeune demoiselle en mettant en marche une bande d’enregistrement.

— Veuillez accepter cet humble cadeau, pour la plus belle dame de Paris, de la part d’un admirateur secret. Vous êtes tellement jolie… tellement jolie… tellement jolie… tellement jolie…

Julia devint rouge pivoine. Sa mère donna un coup de pied dans le petit automate. Celui-ci se tut enfin.

— Il doit être cassé. C’est bien notre veine : un inconnu – très probablement sans un sou – et un appareil de pacotille. J’espère que le cadeau est plus digne de ta personne que cette breloque usée.

La jeune demoiselle se saisit délicatement de la boite mystérieuse. En l’ouvrant, elle n’en crut pas ses yeux : une magnifique parure de diamants reposait sur un coussin de velours rouge. Une jonquille accompagnait le tout. Les yeux de sa mère s’écarquillèrent devant tant de splendeur. Le petit automate avait profité de la stupeur des dames pour s’éclipser, ce qui obligea Julia à accepter le présent.

*

De retour dans leur demeure, la mère agrippa le bras de Julia alors qu’elle essayait de monter discrètement dans sa chambre pour déposer la boite à bijoux.

— Viens par ici, jeune fille, il faut que tu dises à ton père ce qu’il s’est passé au parc !

Le vieil homme était assis dans son bureau à lire paisiblement son journal lorsque les dames de sa maisonnée firent irruption. Sa femme semblait surexcitée alors que sa fille, les joues en feu, donnait l’impression de ne pas vouloir être là.

— Raconte donc notre après-midi à ton père.

Julia énuméra les choses incroyables qu’elle avait vues : les nouvelles machines, les automates, les transports révolutionnaires et surtout cette impressionnante tour d’acier s’élevant au-dessus de Paris. Elle prenait grand soin de garder la boite cachée dans son dos. Sa mère, exaspérée par le discours de sa fille et n’y tenant plus, l’interrompit :

— Ta fille a un admirateur secret qui lui a offert une parure entièrement composée de diamants ! Bien sûr, sans le connaître, impossible de savoir s’il s’agit d’un prétendant officiel ou d’un imposteur. Qu’en penses-tu, mon cher ?

Julia profita de la discussion animée sur l’identité du potentiel soupirant pour quitter la pièce. Son père démontrait moins d’intérêt pour cette conversation que pour les échos scientifiques de sa fille mais, par respect pour sa femme qui se démenait pour le futur de leur enfant, il l’écoutait et émettait lui-même quelques suppositions.

Julia, elle, ne cherchait pas l’amour dans la richesse ou le prestige. Elle voulait juste quelqu’un qui l’aime pour ce qu’elle était vraiment. Elle voulait de la passion, des sentiments, une véritable alchimie avec son futur mari. Comment faire comprendre cela à sa mère ? Elle souffla sur une mèche rebelle qui lui tombait devant les yeux et se dirigea vers sa chambre, la boite toujours entre les mains.

*

Après avoir enfilé sa robe de soirée verte et serré son corset au maximum, Julia laissa sa dame de chambre s’occuper de sa coiffure et de son maquillage. Elle demanda juste à glisser dans son chignon la jonquille qui étonnamment n’avait pas encore fané. Elle se para ensuite des pierres reçues dans l’après-midi. Après tout, si on lui avait offert cette parure, c’était sûrement pour qu’elle soit la plus étincelante au bal de l’été le soir même. Resplendissante, elle descendit dans la bibliothèque : cette pièce était la seule à rester fraiche pendant les périodes de canicule. Elle saisit le livre qu’elle était en train de lire le matin même – un traité reprenant les dernières innovations en matière d’électricité naturelle – et l’ouvrit à l’emplacement de son marque-page. Elle se plaça sur la méridienne afin de ne pas trop froisser sa robe ou défaire sa coiffure en attendant l’heure du bal.

*

Le bruit de son livre cognant le sol en marbre la fit sursauter. S’était-elle assoupie ? Un jeune homme qu’elle ne connaissait pas ramassa l’ouvrage. Il lut le titre, un sourire naissant au coin de ses lèvres.

— Voici une bien curieuse lecture pour une si jolie demoiselle. Vous vous intéressez aux sciences ?

— J’essaie de me tenir au courant des avancées de notre civilisation. Il est nécessaire autant pour les femmes que pour les hommes de comprendre le monde qui les entoure. Qui sait ? Peut-être qu’un jour, je contribuerai moi aussi au progrès! Puis-je savoir à qui j’ai l’honneur d’adresser la parole ? Je ne pensais pas que nous recevrions un invité avant le bal.

Le jeune homme posa le livre sur la table basse près de la méridienne et se rapprocha. Julia eut alors tout le loisir de l’observer. Ses traits étaient fins et délicats, sa peau était blanche et lisse, il ne faisait aucun doute qu’il était de naissance noble. Ses longs cheveux noirs étaient relâchés et tombaient sur ses épaules. Il était élégamment vêtu et armé d’un sourire ravageur qui devait lui valoir les faveurs des dames. Il saisit sa main et y déposa délicatement un baiser. Elle se sentit immédiatement rougir.

— Je me prénomme Narcisse. Et vous devez être Julia, la ravissante fille du Professeur Safran. Cela fait quelque temps que je voulais vous rencontrer. On m’avait vanté votre beauté, mais les rumeurs ne sont rien comparées au chef-d’œuvre qui se trouve face à moi.

Ses mots enjôleurs transperçaient le cœur de la jeune demoiselle, peu habituée aux flatteries venant d’un si beau jeune homme. Il prit ses aises et s’assit à côté de Julia, ne laissant bientôt que quelques centimètres entre eux. Cette proximité était-elle convenable sans chaperon ? Ne devrait-elle pas mettre un terme à cette entrevue et quitter la pièce rapidement ? Elle se sentait pourtant irrémédiablement attirée par ce garçon qu’elle connaissait à peine.

Il se pencha, sa bouche se rapprochant dangereusement de celle de Julia. La jeune femme était paralysée. Sa tête lui disait de tout arrêter et de fuir au plus vite, mais son corps refusait d’obéir. Elle n’avait plus aucune volonté. Narcisse déposa un baiser sur ses lèvres brûlantes, attendant un signal de la belle pour arrêter ou continuer sur sa lancée. Julia ne réagissant pas, il reprit son exploration, parcourant lentement de sa bouche le chemin de son cou à sa poitrine.

Elle prit le visage du jeune homme entre ses mains. Elle plongea son regard dans ses yeux verts et fut ensorcelée. N’y tenant plus, elle l’embrassa fougueusement. Elle n’avait soudain qu’une envie, sentir son corps contre celui de Narcisse, leurs peaux collées l’une contre l’autre. Leur étreinte s’intensifiait. La chaleur augmentait et Julia aurait voulu se débarrasser de toutes les couches qui l’étouffaient. Narcisse se détacha un moment de l’étreinte et commença à soulever les couches de jupons de la belle. Elle se sentait emportée dans un tourbillon de passion et de sensations, profitait avec volupté des caresses indécentes que seul le mariage autorise. La bouche de son partenaire remontait le long de sa cuisse, effleurait sa peau sensible. Elle avait chaud, si chaud.

Elle entendit son prénom retentir au loin. Quelqu’un l’appelait, mais elle ne voulait pas répondre, elle voulait juste s’enivrer encore du parfum de Narcisse. L’appel se faisait cependant plus pressant et plus proche.

*

— Julia, où es-tu ? Il est l’heure de partir ! Ah, te voilà ! Mais tu es toute transpirante…et décoiffée ! Allez, va vite te rafraichir. Il faut y aller !

Sortie brusquement de sa rêverie, Julia aperçut son livre posé sur la table basse. Elle ne se souvenait pas l’avoir placé là, mais elle n’avait pas le temps d’y penser. Elle devait partir pour le bal de l’été.

Après être repassée en un temps éclair sous les mains expertes de sa suivante, Julia était prête à partir. Son père restait à la maison, il avait de plus en plus de mal à se déplacer, mais sa mère la chaperonnerait pour la soirée. Un fiacre vint les prendre devant chez elles. Julia aurait préféré louer une voiture électrique, comme celles qu’elle avait aperçues l’après-midi au parc, mais il y avait encore trop peu de conducteurs expérimentés et elle ne s’y était pas prise suffisamment tôt.

Sur le chemin, Julia rêvassait de son bel inconnu. Quelle idée saugrenue de penser à Narcisse alors qu’une foule de prétendants – dont sa mère énonçait les noms sans qu’elle l’écoute vraiment – allait se présenter à elle dans quelques instants.

— Nous ne rentrerons pas tard ce soir. Tu as la permission de minuit. Il faut savoir se faire désirer ! Tu dois paraître inaccessible, tout en laissant croire qu’il y a une infime chance pour eux de te conquérir. C’est comme ça que j’ai eu ton père !

Julia leva les yeux au ciel. C’était le genre de détail dont elle se serait bien passée. Heureusement pour elle, le fiacre arriva à destination. La demeure devant laquelle les deux dames se trouvaient était un chef-d’œuvre d’architecture. Deux grands escaliers éclairés par des lampadaires électriques en fer forgé – grand luxe du moment – menaient à l’entrée principale. Un valet les accueillit et annonça leur arrivée à l’assemblée en proclamant leurs noms.

— Lady Safran et sa fille, Julia.

Plusieurs têtes se retournèrent et fixèrent les nouvelles venues. Les dames chuchotaient entre elles : elles commentaient probablement la tenue de Julia ou jalousaient sa beauté. Les jeunes hommes de la salle eurent du mal à détacher leur regard de la nouvelle arrivée. La chevelure de feu de la belle, attachée en un chignon élégant, ne laissait échapper que quelques mèches coiffées à l’anglaise. Sa robe d’un vert émeraude soulignait sa taille fine et se mariait parfaitement avec la couleur de ses yeux. Sa parure de diamants étincelait de mille feux sous l’éclairage des bougies et envoyait des étoiles plein les yeux aux personnes qui l’observaient.

— N’oublie pas, à minuit au fiacre. Et surtout, pense à la liste des prétendants que je viens de mentionner ! Les premiers sont les plus riches, mais pas forcément les plus beaux… Il te faudra prendre les bonnes décisions, ce soir.

Déjà sa mère se dirigeait vers le bar où elle retrouva les dames avec qui elle prenait le thé tous les samedis après-midis. Julia se sentait bien seule au milieu de cette foule. Elle flânait dans la salle, admirant la décoration florale de l’endroit. Elle essayait de se remémorer les noms que sa mère lui avait cités, quand quelqu’un l’interpella.

— Voudriez-vous m’accorder cette danse, mademoiselle Julia ?

Le jeune homme avait un visage fin, un nez aquilin et de beaux yeux bleus. Julia accepta la proposition, elle n’allait pas pouvoir se promener seule toute la soirée et ce cavalier lui semblait charmant. Ils se rendirent sur la piste de danse et les musiciens commencèrent une valse à trois temps. La demoiselle avait appris à danser très jeune et son partenaire ne se débrouillait pas mal non plus. Elle en profita pour regarder discrètement les autres invités. Elle en reconnut certains, et d’autres étaient de parfaits inconnus, présents juste le temps de l’Exposition universelle. Soudain, son cœur manqua un battement et elle marcha sur le pied de son partenaire, perdant un instant l’équilibre et le rythme de la musique.

— Pardon, excusez-moi ! Je suis si maladroite…

Son cavalier lui sourit et fit comme si rien ne s’était passé. À la fin de la danse, elle le remercia et se dirigea vers le bar. Était-ce possible ? Elle ne l’avait aperçu qu’une fraction de seconde, mais elle était sûre que c’était lui. On ne lui laissa pas le temps de réfléchir plus avant à cette étrange apparition.

— Mademoiselle Julia ?

Elle n’avait entendu cette voix qu’une seule fois, mais l’aurait reconnue entre mille.

— Excusez-moi de vous déranger, je vous ai vue danser et je suis tombé sous le charme. Je me prénomme…

— … Narcisse, murmura Julia.

— Je vous demande pardon ?

— Non, rien, continuez !

— Je me prénomme Narcisse et j’aimerais beaucoup que vous m’accordiez la prochaine danse.

— Avec plaisir… Narcisse.

Julia sentait ses joues prendre feu. Narcisse était exactement comme dans son rêve, à l’exception près qu’il était vêtu pour le bal. Ses longs cheveux d’ébène étaient noués par un ruban vert, de la même teinte que la robe de Julia. Il portait un élégant costume trois-pièces dont la poche avant s’ornait d’une jonquille. S’ils n’étaient pas venus séparément, on aurait pu croire que le couple s’était assorti volontairement.

La musique commença, doucement, laissant aux partenaires le temps de s’habituer l’un à l’autre. Julia avait du mal à entendre la musique par-dessus les battements de son cœur. Le contact de leurs mains la troublait et sa maitrise de la danse s’en ressentait. Elle aurait voulu s’excuser mais à chaque fois qu’elle levait les yeux, ses mots se perdaient dans le regard de Narcisse.

La cadence accéléra. Les couples tourbillonnaient autour d’eux, valsant de plus en plus rapidement. Il leur fallait suivre le rythme sous peine de se faire bousculer. Leurs corps étaient de plus en plus proches, finissant la danse collés. Le contact était dur à supporter pour Julia. La passion l’emportait sur le reste : elle n’avait qu’une envie, l’embrasser fougueusement ! Heureusement pour sa réputation, la musique s’arrêta et le couple dut se séparer, au grand regret de la jeune femme, encore toute haletante.

— Vous m’avez l’air d’avoir soif, Mademoiselle, laissez-moi vous ramener quelque chose.

Julia profita de ce moment seule pour se remettre de ses émotions. C’était bien l’homme de son rêve, elle en était sûre ! Elle ne pouvait douter de ses propres sentiments : elle le désirait ardemment. Son si prompt attachement était-il réciproque ? Narcisse revint avec deux coupes de champagne.

— C’est drôle, j’ai justement découvert cet après-midi une boisson avec des bulles ! Une sorte de thé froid avec des boules transparentes au fond… Je me demande comment on obtient ce résultat…

— Voici une bien curieuse question pour une si jolie demoiselle. Vous vous intéressez aux sciences ?

Julia fut sous le choc une seconde, puis se reprit et répondit avec un sourire en coin.

— Ça m’arrive, oui.

Le reste de la soirée se passa à merveille pour le couple qui alternait entre des pas de danse et des discussions enflammées. Lorsque le majordome annonça un grand feu d’artifice, les convives sortirent dans le jardin de la résidence. Les jeunes gens se trouvèrent un endroit tranquille d’où regarder le spectacle.

— Julia, il faut que je vous dise quelque chose. Je n’ai jamais rencontré de femme aussi belle et aussi passionnée que vous. Je souhaiterais vous revoir.

Le feu d’artifice commença. Les sons étaient noyés par les bruits d’explosion. Les étincelles de couleurs se reflétaient dans les diamants de la parure de Julia. Pour réponse, elle laissa un doux baiser sur la joue de Narcisse. Elle ne sut cependant s’en contenter et lui vola un autre baiser – sur les lèvres, cette fois. Enhardie, elle l’embrassa encore et encore, jusqu’à manquer d’air. La foule au loin rentrait dans le château. Le spectacle était fini. Un carillon retentit. La jeune femme se rappela soudain la promesse faite à sa mère.

— Quelle heure est-il ?

— Minuit pile, au douzième coup.

— Je suis désolée, il faut que je m’en aille ! Merci pour cette merveilleuse soirée !

Julia se précipita dans la salle, bouscula quelques personnes et parvint à la sortie avant que le douzième coup ait sonné.

— Te voilà enfin, ma chère !

Sa mère l’attendait déjà. Elle semblait avoir bien profité de la soirée et avoir bu autre chose que du thé avec ses amies.

— Quelles belles fleurs tu portes ! J’espère que tu ne les as pas volées dans le jardin de notre hôte !

Surprise, la jeune femme pencha son regard vers sa poitrine. Une dizaine de jonquilles étaient entrelacées dans sa parure de diamant et dans sa chevelure. Elle était la reine du bal de l’été. La nostalgie s’installa bientôt dans le cœur de Julia. Elle se tourna une dernière fois vers la demeure et murmura dans un souffle :

— À bientôt, j’espère.

— Allez, rentrons, il se fait tard et ta pauvre mère est fatiguée.

*

Assisse dans l’herbe du Parc des Expositions, Julia repensait au bal de la veille. Elle avait passé une soirée magique mais ne savait pas comment retrouver son beau cavalier. Elle avait dû partir dans une telle hâte qu’elle n’avait pu lui demander où il résidait. Elle triturait les jonquilles de son nouveau collier qui semblaient ne jamais vouloir faner. Abritée sous son ombrelle et perdue dans ses pensées, elle ne vit pas approcher le petit automate de cuivre de la veille et sursauta lorsqu’elle entendit sa voix mécanique.

— Mademoiselle Julia, laissez-moi vous offrir ce Bubble Tea, recette inventée spécialement pour vous par notre chef Narcisse, parce que vous êtes tellement jolie… tellement jolie… tellement jolie… tellement jolie…

L’écho des paroles du robot fut couvert par les battements du cœur de Julia. Elle leva la tête vers le stand de Bubble Tea et l’aperçut. Narcisse était en cuisine mais il avait garni son échoppe de jonquilles. Le jeune homme sourit à la demoiselle et elle lui rendit son sourire. Elle prit la boisson sur le plateau de l’automate et se dit en buvant une première gorgée que l’été s’annonçait chaud, très chaud.

 

Ou en PDF ici http://www.phenixweb.info/sites/default/files/Le-bal-de_l-ete-Mathilde-g...

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Commentaires

elle est super votre nouvelle, elle m'a paru longue car je l'ai lu sur mon portable, d'ailleurs heureusement que j'avais mon etui iphone pour le maintenir, j'etais dans le train tranquille et j'ai apprecié, je vais faire tourner votre page smiley