DELPORTE Emmanuel (1)

Auteur / Scénariste: 

Bonjour... Pourrais-tu te présenter à nos lecteurs ?

Je m’appelle Emmanuel Delporte, je suis né en 1979 et donc, je prétends écrire. En tout cas, je m’y efforce. A côté de ça, je vis actuellement en Bretagne, je travaille également comme infirmier et j’ai deux enfants.

 

Petite question toute simple : pourquoi l’écriture ?

Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours ressenti le besoin d’exprimer des sentiments, des blessures, une impression d’étouffer sous un trop plein. Et l’écriture a changé ma vie, parce que j’étais timide et renfermé, extrêmement mal à l’aise en société. L’école était un calvaire. J’ai beaucoup communiqué par écrit, même avec mes proches, mes parents… L’envie d’écrire des histoires est venue plus tard et j’ai mis très longtemps à comprendre que c’étaient les littératures de l’Imaginaire qui me permettaient le mieux de vider mon trop plein émotionnel. Et dans un deuxième temps, l’écriture est devenue un plaisir. Lorsqu’on commence à maîtriser cet outil d’expression, on réalise que les seules limites sont l’imagination, les contraintes qu’on se fixe soi-même, plus ou moins consciemment. C’est une sensation grisante. Pas loin d’une drogue, qui te fait partir dans un état second.

 

Quel est ton premier souvenir fantastique ?

J’ai un très vieux souvenir, celui du film King Kong (la version de 1933). Je ne sais pas quel âge j’avais, mais je me souviens encore du sentiment d’évasion qu’il m’avait procuré. C’était magique. Mon premier souvenir terrifiant, c’est lorsque j’ai regardé Aliens en cachette. Je n’ai pas dormi les deux nuits suivantes !

 

Si tu devais définir ton univers, que dirais-tu pour inciter les lecteurs à te découvrir ?

J’aime raconter des histoires, mais pour moi, les intrigues ne sont pas un but en soi, elles ne sont qu’un moyen. Je mets mes histoires au service d’un univers et des personnages qui y survivent. J’aime les personnages fragiles, qui cachent des blessures. La quête qu’ils mènent est avant tout une quête intérieure. Je cherche à divertir le lecteur, mais aussi à le faire réfléchir, à le faire se questionner sur notre société et notre place sur terre et dans l’univers. En ce qui concerne la science-fiction, par exemple, elle m’intéresse moins pour les futurs qu’elle imagine que pour sa capacité à décoder le réel, le présent. Même si de temps à autres, c’est sympa d’écrire des textes plus légers, plus funs

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Quelles sont tes influences ?

Elles sont multiples. Je viens d’une famille très orientée à gauche, ce qui m’a fortement influencé. Mon frère adorait Camus et Zola et m’a ensuite fait découvrir des auteurs de polar très noirs comme Caryl Férey ou James Lee Burke. Ma sœur a une licence de philo et m’a initié à la métaphysique. J’essaie de garder un esprit ouvert, de ne pas me limiter, d’absorber tout ce que je peux.

« Ravage » de Barjavel a été ma première grosse claque, il m’a fait réaliser qu’un livre pouvait être distrayant tout en ayant du sens. Et puis il y a eu Italo Calvino, Philip K. Dick et Stephen King, évidemment, celui qui m’a le plus influencé. J’ai eu une grosse période beat generation aussi, avec Jack Kerouac, Hunter S. Thompson, Tom Wolfe, Hubert Selby Jr, William Burroughs … Leur côté libre, complètement fou, sans barrières ni restrictions dans l’écriture.

Mais ma première inspiration, ce sont les rêves. Je m’énerve quand je ne m’en souviens pas au réveil, j’ai l’impression d’avoir été volé.

 

Cite-moi un livre que tu as adoré, un autre que tu as détesté et pourquoi ?

Je vais sans doute vous surprendre. Mon livre culte est Voyage au bout de la nuit, de Céline. Laissons de côté l’homme qui a écrit ce livre. C’est un roman hors norme, d’une noirceur absolue, d’une écriture qui a une force sans commune mesure. La liberté de ton, le jeu avec les mots, la grammaire, marque l’œuvre d’un artiste qui avait réussi à s’affranchir de toutes les barrières, qui s’est efforcé de faire de chaque ligne de son roman un uppercut.

Et un livre que j’ai détesté… Je n’ai pas aimé Le livre sans nom, que j’ai trouvé particulièrement creux et mal écrit, un produit issu d’un procédé marketing grossier. Mais c’est un avis subjectif. Je pense qu’il y a des livres pour tous les goûts, et c’est tant mieux. Même si ceux qui se vendent le plus sont souvent les plus mauvais !

 

Même question, mais avec les films cette fois.

Un film que j’adore : il y en a trop ! Mais je citerais M le maudit (Fritz Lang, 1931), ce récit impitoyable d’un pédophile traqué par la pègre. C’est une plongée dans les abîmes de l’humanité, ce que nous portons de pire, en même temps qu’une magistrale leçon sur la dignité, la condition humaine, un plaidoyer contre la peine de mort.

J’adore le cinéma, tous les cinémas, et je regrette de n’avoir plus trop de temps à y consacrer.

 

Un film que j’ai détesté… J’aime bien les bons blockbusters, mais je ne supporte pas la facilité. 60 Seconds, par exemple, est selon moi un navet immonde, pas même regardable. Pareil pour Independance Day, un pamphlet militariste, pompeux et raciste, bourré de clichés, mal joué, mal écrit, mal réalisé. Les films de Michael Bay, en général, sont pitoyables (même si j’aime bien Armaggeddon, sans trop savoir pourquoi, parce que c’est quand même nul, et j’ai un peu honte).

 

Quelle est l’histoire que tu as écrite et dont tu es le plus fier jusqu’à présent ?

Sans hésiter, « Le dernier état », qui n’est encore qu’un manuscrit, actuellement entre les mains de plusieurs comités de lecture. Je ne sais même pas s’il sera publié, mais j’en suis fier. C’est un roman de SF très noir, à tendance cyberpunk, qui fait 1.200.000 signes. Une enquête sur fond de dérive hypertechnologique et la naissance d’une tyrannie, dans un monde à l’agonie, avec une police corrompue et un pouvoir politique confisqué par les multinationales. Je m’étais fixé un objectif et je m’y suis tenu. Même s’il n’est pas publié, il m’a fait franchir un cap.

Sinon, j’aime bien « Les larmes amères », dans mon recueil « Aux douze coups de minuit ».

 

Quels sont tes projets ?

J’en ai plein ! J’ai plusieurs nouvelles en lice pour différents appels à textes, j’en ai d’autres en cours en vue d’un nouveau recueil et je travaille sur un roman court SF/horreur. Mais surtout, j’attends les réponses des éditeurs pour Le dernier état. J’avoue que ça me rend fébrile. Ce serait un changement de dimension. Surtout que j’aimerai bien écrire la suite.

 

Un site ou un blog ou les lecteurs peuvent suivre tes activités ?

Mon blog de chroniques littéraires, où on peut suivre mon actualité : ledecapsuleur.com il y a aussi dessus des chroniques infirmières qui connaissent un petit succès.

 

Un petit mot pour la fin ?

Je veux dire que j’ai été horrifié, choqué, blessé par la tuerie de Charlie Hebdo. Quand on assassine des journalistes et des écrivains, quand on brûle des livres, qu’on détruit des œuvres d’art, on cherche à détruire la liberté, à créer la peur, à provoquer des mouvements de repli et à plonger le monde dans l’obscurité. La littérature et l’art sont un phare dans les ténèbres et créer, écrire, c’est déjà un acte de résistance. Je suis horrifié de voir que les budgets de la culture ne cessent d’être rabaissés et que de grands groupes financiers s’approprient les médias, les éditeurs, les diffuseurs… Il y a une uniformisation progressive de la pensée et c’est quelque chose de dangereux. C’est le rôle des auteurs de dénoncer cela. 

 

Critique de Aux douze coups de minuit ici

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