Jeune fille et la nuit (La)

Auteur / Scénariste: 

Côte d’Azur - Hiver 1992

Une nuit glaciale, alors que le campus de son lycée est paralysé par une tempête de neige, Vinca Rockwell, 19 ans, l’une des plus brillantes élèves de classes prépas, s’enfuit avec son professeur de philo avec qui elle entretenait une relation secrète. Pour la jeune fille, « l’amour est tout ou il n’est rien ».

Personne ne la reverra jamais.

Côte d’Azur - Printemps 2017

Autrefois inséparables, Fanny, Thomas et Maxime – les meilleurs amis de Vinca – ne se sont plus parlé depuis la fin de leurs études. Ils se retrouvent lors d’une réunion d’anciens élèves. Vingt-cinq ans plus tôt, dans des circonstances terribles, ils ont tous les trois commis un meurtre et emmuré le cadavre dans le gymnase du lycée. Celui que l’on doit entièrement détruire aujourd’hui pour construire un autre bâtiment.

 

En septembre dernier, le (petit) monde de l’édition française était secoué par un transfert « surprise ». Guillaume Musso quittait XO, son éditeur historique, pour rejoindre Calmann-Lévy, autrement dit le groupe Hachette. L’un des plus puissants au monde. Au-delà des enjeux économiques évident d’un tel transfert – Guillaume Musso « pèse » près d’un million d’exemplaires grand format/poche chaque année –, l’auteur lui-même avançait une raison « artistique » : l’envie d’écrire « autrement », d’explorer de nouvelles pistes, de s’éloigner quelque peu de cette « formule » qui a forgé sa renommée. Une renommée qui, il faut l’admettre, était en partie née d’un malentendu. Lorsque Guillaume Musso débarque dans le monde de l’édition sur les ailes de son second roman, Et après…, les critiques, sur la foi d’un quatrième de couverture et d’une lecture un peu superficielle, s’empressent de placer l’auteur en compétition avec un autre faiseur de best-sellers : Marc Levy. Une comparaison qui va le poursuivre… jusqu’à aujourd’hui.

Pourtant, à y regarder de plus près, s’il met également en scène des héros beaux, riches, lancés dans des aventures aux limites du fantastique, Guillaume Musso se détache assez rapidement de la « formule » Levy. Plus jeune, peut-être plus versé dans la culture populaire, l’auteur de L’appel de l’ange » ou de La fille de Brooklyn tisse dans ses intrigues des fils référentiels, joue avec les codes, flirte avec la science-fiction (du moins avec la fiction prospective…), voire même le thriller noir. Ce n’est pas pour rien s’il est copain comme cochon avec un certain Maxime Chattam.

Certes, on ne découvrira jamais, au détour d’une page de Demain un cadavre suspendu à des crocs de boucher ou un serial-killer collectionneur de fœtus, mais n’empêche. Au fil des lectures, on sent que cela le chipote, le Musso, de secouer un peu le cocotier.

L’annonce de son passage chez Calmann-Lévy, « pour des raisons artistiques », laissait donc supposer, à tout le moins, un virage. Si pas une refonte totale de son écriture et de son univers. Ouais. Sauf que… sauf que… Un million de lecteurs, cela ne se balaie pas d’un coup de savate.

A la publication de la couverture de cette Jeune fille et la nuit, le doute s’installe. Les couleurs, la silhouette, la cascade de cheveux bouclés, tout cela n’annonce pas vraiment une révolution. Le résumé, qui déboule peu après et que vous retrouvez en tête de cette chronique, reste vague. Pour le coup, on pourrait le coller à l’arrière du prochain Harlan Coben. Tout y est. Le passé qui ressurgit, les anciennes amitiés, la violence inévitable, les secrets et le double jeu.

Si vous n’aimez pas Guillaume Musso, vous pouvez vous arrêter ici. La jeune fille et la nuit ne vous fera pas changer d’avis. Parce qu’au-delà du discours « nécessaire » à un transfert d’éditeur, un auteur ne change pas en profondeur, sur un claquement de doigt. Et, peut-être est-ce mieux ainsi.

Si La jeune fille et la nuit s’avérait un roman totalement « autre » à des années-lumière de 7 ans après ou de Sauve-moi, un autre processus se mettrait sans doute en marche. Et certains viendraient à douter de la paternité du roman.

En l’état, ce premier opus pour un autre éditeur est tout ce que l’on attend d’un Guillaume Musso. Une écriture fluide, des personnages attachants, des références qui provoquent le sourire, une structure qui tient la route, des « surprises » et des retournements de situations (in)attendus. Cette fois-ci, l’auteur joue même avec les limites de la moralité, laissant aux lecteurs le choix, une fois le livre refermé de considérer ses personnages comme des « héros »… ou de beaux salauds à qui la vie a filé de trop bonnes cartes. Dans le même temps, on aurait peut-être voulu que Musso profite de ce « nouveau » départ pour se défaire de certains de ses tics, comme certains personnages caricaturaux, un appel quasi systématique au deus ex-machina (jusque dans les dernières pages des épilogues) et une trop grande mansuétude pour ses personnages principaux. Ce ne sont certes pas des « défauts », puisque ces mécaniques sont inhérentes au genre dans lequel évolue l’auteur… Mais tant qu’à annoncer une envie de « liberté », on aurait voulu qu’il prenne ce mot à bras-le-corps et qu’il bouscule un peu plus que le décor (des Etats-Unis fantasmés ou passe à la Côte d’Azur version « jeunesse de Guillaume ») et les fringues de ses personnages. D’autant que l’on sent, sous la surface des mots parfois trop policés, une envie de nous offrir, un jour, un roman plus abrasif.

Reste que La jeune fille et la nuit est une lecture plaisir, de la première la dernière page. Si l’on sait ce que l’on vient y chercher, on ne sera pas déçu. On se laissera même porter par le rythme soutenu, les moments de suspense et les clins d’oeil à la culture pop des années quatre-vingt-dix. On regrettera juste qu’il s’agit d’un pas vers une évolution… et non une révolution.

 

La jeune fille et la nuit par Guillaume Musso, Calmann-Lévy

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