Polytan

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L’histoire


Polytan est le second volet du cycle de Cybione, mais peut se lire indépendamment du premier tome. En effet, si le premier volet, Cybione, est un polar survitaminé mettant en scène un flic traquant la dite Cybione (CYbernétic BIologic cLONE), le second relate une mission de la belle Cybione, Elyia, sur la planète Cinq-Tanat.

Ce roman est un huis-clos politique comme les affectionne l’auteur. Sur Cinq-Tanat, le gouvernement en place est inquiété par un mouvement de rébellion, la Félonie, qui regroupe toute la population de la planète entre 13 et 35 ans. Ces agitateurs sont dirigés par quatre leaders, dont on apprendra qu’ils comptent remettre en place sur la planète un système politique vieux de plusieurs millénaires, dont le nom évoque à la fois fascination et répulsion : le polytan.

Il faut dire que le polytan est un mode politique basé sur le pouvoir d’une petite frange de la population : ceux qui ont un pouvoir psy. Et on ne sera pas surpris de réaliser que certains des personnages de ce livre sont doués du don de télékinésie ou de télépathie .

Le rôle de la Cybione là-dedans ? Comprendre quelles sont les motivations des différents acteurs de la planète, Félons, Cabinet d’Urgence, chef du gouvernement, l’amas de Shimer, les Lémains, l’étonnante Céli qui navigue entre les différentes factions, sans compter son propre employeur, Ender (ouf) et agir en fonction de son propre ressenti pour restaurer la stabilité de la planète.

De la politique à l’espionnage


On le voit, tout cela est bien complexe et bien embrouillé. C’est normal, l’auteur va nous perdre dans les rouages politiques de la planète pour mieux nous amener où il veut. Il va aussi mettre notre cortex à rude épreuve, entre raisonnements faux et gloses alambiquées, vérités assenées et leurs contraires... Il faut savoir s’accrocher pour suivre le fil (les fils !). Mais finalement, on sort du livre en ayant saisi l’essentiel.

On retrouve ce type de héros et de situation dans les ouvrages du bureau des sabotages de F. Herbert (auteur dont Ayerdhal avoue s’inspirer dans plusieurs de ses ouvrages). L’héroïne fait, quand à elle, penser à Nävis dans la BD Sillage : une femme qui débarque sur une planète pour en réguler le fonctionnement politique, tout en conservant son libre arbitre. Parce que ce qui définit Elyia, c’est qu’elle ne suit pas les ordres aveuglément. Elle fait ce qui lui semble le plus juste et son employeur le sait. D’où un jeu de manipulations supplémentaires où chacun essaie de savoir ce que l’autre attend de lui... pour faire le contraire !

Au-delà de la complexité (maîtrisée) de la trame, là où le roman d’Ayerdhal est prenant, c’est qu’il décortique les personnages jusqu’au détail. Sous le vernis de l’apparence de chacun, il y a les motivations, les envies, les talents, les frustrations, les manoeuvres et tout un non-dit qui fait de la lecture de ce roman un exercice de haute voltige.

Ayerdhal, c’est aussi un style. Dialogues ciselés, formules narratives originales, scènes d’action qui font mouche, la quintessence du polar se retrouve entre ces lignes. Sans rejoindre la maestria de Demain, une Oasis (Prix de l’imaginaire 1993 et, selon moi, chef-d’oeuvre absolu), l’auteur parvient ici à faire passer un bon moment au lecteur, surtout s’il est fan de politique-opéra (mot de mon invention) et s’il apprécie la touche particulière de cet auteur de science-fiction assez difficile d’accès.

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