Furieuses par Christophe Maggi

Les premières feuilles commençaient à jaunir, le vent du nord était de plus en plus froid et humide mais les journées étaient encore agréables. Ça recommençait comme chaque année au mois de pyanepsion[1], l’automne arrivait et avec lui débutait la cueillette des champignons, les vendanges tardives et la saison de la chasse. C’était à la fois une période que nous redoutions et le moment que chaque homme attendait pour montrer ses talents, c’était le rituel de passage à l’âge adulte pour les plus jeunes et une sempiternelle partie de chasse pour d’autres.

Notre île était sacrée. Elle avait, selon la légende, abrité la demeure d’un dieu qui avait offert aux hommes la culture de la vigne et l’art de la fête. Le climat était doux et les hivers rigoureux nous étaient épargnés mais nous avions d’autres soucis à résoudre. Le village se dépeuplait d’années en années bien qu’il restait de nombreuses femmes et jeunes filles et pour les hommes, des enfants pour la plupart. Les hommes solides et téméraires se faisaient rares et le taux de natalité diminuait ainsi que notre espérance de vie.

Certains avaient bien pensé quitter l’île pour rejoindre le continent mais d’après deux amis qui avaient fait le voyage, la situation était encore plus désespérée sur le continent. Je crois que plus personne ne se posait de question. Chaque année, nous recommencions en espérant que ce ne soit pas la dernière mais pour moi, une chose était claire comme de l’eau de roche : personne ne m’empêcherait de m’aventurer au sommet du volcan. Quel que soit le danger, je franchirai cette barrière invisible qui effrayait tant les villageois.

 

La cloche retentit et tous quittèrent leurs cabanes pour rejoindre la place du marché. Le soleil se levait paresseusement à l’horizon mais je sentais déjà ses rayons réchauffer ma peau. La lumière jaunâtre se reflétait dans l’azur de la mer et explosait en diadème. C’était le premier jour.

Notre chef, Oréstis, grimpa sur un monticule de pierres, ajusta sa toge et s’adressa à nous de façon solennelle, tel un vrai orateur. Je voyais aux premiers rangs les petits, les nouveaux qui étaient pour la première fois autorisés à participer à la chasse. Derrière moi, les quelques hommes aguerris qui étaient encore vaillants, une cinquantaine tout au plus. Les automnes avaient ravagé nos rangs.

Oréstis leva la main et demanda le silence. Les femmes, comme à leur habitude, jacassaient. À l’arrière, silencieuses, je vis quelques jolies filles aux longues tresses parfaitement nouées, élégamment vêtues, qui essayaient de maintenir entre leurs jambes des chèvres en les tenant par les cornes. Elles avaient revêtu leurs plus beaux peplos à frises. C’était la tradition, une cruelle tradition mais efficace.

Après plusieurs tentatives le chef parvint à prendre la parole et distribua les secteurs. Il y eut encore quelques consignes données, les plus jeunes écoutaient, les autres connaissaient la ritournelle par cœur. De toute façon, il n’y avait rien de bien difficile à comprendre.

Nous partageâmes tous ensemble un léger repas composé de pain d’épeautre trempé dans du vin, accompagné d’olives, de figues, de raisins et de miel, le tout copieusement arrosé du vin de l’année précédente. Sous les premiers rais de l’astre solaire, il y eut encore quelques échanges, quelques rires, quelques congratulations ; certains effectuaient un petit rituel préparatoire, d’autres s’isolaient. Moi, Néoclès le Léontide, je fourbissais mes armes. J’avais passé un glaive dans son étui en bandoulière, une dague à la ceinture et je tenais trois longs javelots ; point de filet, je ne comptais pas ramener de gibier vivant.

 

Les guetteurs partirent en avant, tandis que les femmes et les plus jeunes enfants se dirigèrent vers les parcelles de vignes, leurs grands paniers en osier accrochés dans le dos. Les chasseurs suivirent et s’enfoncèrent dans la forêt. J’étais en tête du groupe, mon secteur étant le plus éloigné du village. J’avais avec moi Théophraste d’Iraklio, son frère Kýroset et Eon d’Alexandrie. On l’appelait toujours ainsi même si ça faisait plusieurs générations que sa famille n’avait plus vu Alexandrie. Pendant notre longue marche, alors que nous nous enfoncions dans la forêt, les petits groupes se séparaient pour rejoindre leurs postes et bientôt nous ne fûmes plus que quatre, seuls dans la pénombre des taillis denses, les pieds mouillés par la rosée du matin, marchant plein Nord en silence en direction du volcan.

 

*

Le disque solaire brillait dans notre dos, bien au-dessus du niveau de la mer. La matinée était bien avancée et nous avions parcouru plusieurs lieues pour atteindre le centre de l’île. L’air se réchauffait lentement ; dans les sous-bois, nous entendions les oiseaux chanter le matin. C’étaient de bons augures. Lorsqu’ils se taisaient, un grand malheur approchait. Nous arrivâmes en vue de la lisière de la forêt ; au-delà s’étendaient de larges étendues de hautes herbes qui léchaient les flancs du volcan. En levant la tête, on ne voyait pas le sommet du cratère : il était caché par la cime des arbres. C’était le secteur qui nous était attribué, la lisière nord, certainement parce que nous y avions brillé l’année précédente.

Je fis signe à mes compagnons de se déployer et de se tapir au sol. Eon était à mes côtés, il avait posé ses javelots et surveillait, à travers les branches, la limite des arbres. La fratrie se tenait un peu plus loin sur notre droite ; ensemble, ils nous regardaient, mimaient nos gestes et scrutaient aussi les environs. Puis, très faiblement, nous commençâmes à percevoir les premiers signes, une légère mélodie qui descendait du volcan, portée par le vent. Nous ne dûmes pas attendre longtemps avant de les apercevoir.

 

Nous attendions patiemment qu’elles parcourent la grande étendue d’herbes pour atteindre la forêt ; vu leur nombre, en terrain découvert nous n’avions aucune chance. Une légère brise venait de face, en descendant les pentes roides du volcan, nous étions dans le bon sens, celui qui nous permettait de ne pas être flairés par le gibier. Les broussailles bruissèrent devant nous et dans un rai de soleil qui perçait la cime des arbres, nous l’aperçûmes. Elle était à quelques enjambées de nous, droit devant, recroquevillée au sol, nous tournant le dos. C’était la première de la saison. Calme, belle, elle avait précédé le groupe et errait dans la forêt à la recherche d’amanites. À la contempler, j’en aurais oublié sa dangerosité. Elle avait du lierre dans les cheveux, le pied nu et plusieurs couches de peaux de bête sur les épaules.

Eon fit un geste dans ma direction et une branche craqua sous son pied. Elle se retourna d’un geste vif mais ne sembla pas nous voir, ni nous sentir. Nous nous figeâmes et elle reprit sa cueillette. J’allai donner le signal d’une attaque par surprise mais je me ravisai.

 

C’était un bien étrange cortège qui descendait du volcan, au son de la flûte, des tambourins et des clochettes, accompagné de chants bruyants et stridents aux paroles inintelligibles. Dans un désordre incommensurable et une verve enchanteresse, de jeunes satyres, qui avaient dû être des enfants jadis, retenus par un licou, criaient et sautaient de rochers en rochers en descendant, roulant et pirouettant tels d’affreux acrobates sales et crottés, retenus d’une main ferme par de jeunes et jolies femmes vêtues de nébrides, les cheveux emmêlés dans d’improbables couronnes de pampre et de feuilles de lierre. Le cortège s’étirait, se désarticulait, s’éparpillait, se perdait sur les pentes abruptes du volcan, dégringolant dans une curieuse joie les parois volcaniques, à l’inverse d’une procession de vestales ordonnées et obéissantes.

À peine les hautes herbes de la plaine foulées, les longes étaient lâchées et les pauvres êtres qui ressemblaient à de vulgaires satyres de courir, sauter et danser, profitant de leur impromptue et rare liberté pour s’élancer vers la forêt. C’est alors, qu’ivres et droguées, les yeux rouges de fureur, les joues en feu, l’esprit possédé, les gestes désarticulés, les ménades hurlèrent et firent tournoyer leurs thyrses au dessus de leur tête. Les pommes de pin virevoltaient dans tous les sens, les peaux de bête se détachant sous les moulinets de leurs bras, laissaient apparaitre leurs poitrines opulentes, leurs cuisses et la fourrure de leur pubis. Eprises d’une redoutable furie, elles couraient au massacre.

Les oiseaux avaient cessé de chanter, seules les percussions résonnaient encore ; essoufflées, les flûtes se taisaient lentement. Satyres et démones se ruaient dans la forêt à la recherche de quelques proies égarées mais bien souvent, c’était face aux chasseurs qu’ils arrivaient et si les satyres étaient moins bruyants, désorganisés et abrutis que leurs maîtresses, ils n’en restaient pas moins très dangereux. Bien souvent, dès les premiers assauts, ils battaient en retraite et, une fois isolés, ils s’enfuyaient dans de grands hurlements, escaladant les parois plus vite qu’ils ne les avaient dévalées, leurs longes traînant derrière eux.

Comme le nombre et la folie furieuse étaient de leur côté, la ruse était de mise. C’est ainsi que nos jeunes villageoises qui avaient perdu leur virginité n’hésitaient pas à attirer les ménades dans leur direction puis lâchaient leurs chèvres. Les ménades, appâtées par la beauté des jeunes filles, les poursuivaient mais, dès qu’elles sentaient que le parfum de la virginité s’en était allé, elles se rabattaient sur les chèvres. Tout était fait pour que les démones n’atteignent pas le village ni les vignes et encore moins nos jeunes filles vierges qui restaient cloitrées dans les gynécées pendant toute la période de la chasse.

Malheureusement, il en était tout autrement pour les hommes. Face à un mâle, quel que soit son âge, les ménades se ruaient dessus, l’émasculaient et le dévoraient vivant, gardant prisonniers les plus jeunes qui ne pouvaient plus se battre. Ils alimenteraient les rangs des satyres tenus en laisse. Les chasseurs n’étaient pas ceux que l’on croyait, nous étions les proies, vaillants défenseurs de notre civilisation.

 

*

Face à cette cavalcade qui, chaque automne, m’impressionnait de plus belle, j’en avais oublié la présence de la créature qui était devant moi. Je vis Eon blêmir et rouler des yeux en voyant la cohorte se rapprocher à très vive allure. Apparemment, il ne s’attendait pas à un tel déferlement. J’essayai de l’apaiser d’un geste de la main en espérant qu’il atteindrait l’âge adulte et tentai d’attraper le regard des deux autres chasseurs qui ne bougeaient plus. Soudain, une vision d’horreur me glaça le sang.

Dans leur direction, à quelques pas, je voyais deux jeunes filles accompagnées de leurs satyres arriver en courant. Elles les avaient aperçus et se précipitaient à grandes enjambées dans leur direction. Je me levai d’un bond, laissant Eon surpris. Je pointai mon javelot au dessus de la tête des deux frères et me préparai à lancer quand un cri inhumain retentit. Il nous glaça le sang. Elles accélérèrent et se ruèrent sur nous en hurlant, les yeux en furie, brandissant leurs bâtons pointus ornés de pommes de pin.

La première ménade sauta sur Théophraste d’Iraklio qui était pétrifié : il regardait dans ma direction. Il fut plaqué au sol, le pieu lui transperça la poitrine et, alors que son frère faisait face au danger et voulait empaler la seconde ménade sur son javelot, il fut projeté au sol sur le dos et tenta vainement de se débattre. En quelques secondes, Kýroset eut la gorge arrachée et déjà, la furie déchirait des lambeaux de chair et les enfournait dans sa bouche, le sang dégoulinant le long de sa poitrine. Elle ne me quitta pas des yeux pendant qu’elle se repaissait de mon ami avec avidité. Son frère réussit à blesser l’autre furieuse à la taille avec son glaive mais en se retournant pour nous rejoindre, il trébucha et eut une partie du mollet dévoré. Il hurlait comme un possédé.

Tout s’était passé si vite que j’eus à peine le temps de lancer mon javelot dans la direction des démones. Il se planta dans l’arbre. Eon prit ses jambes à son cou et fila dans la plaine vers l’Est ; il réalisa sa dernière erreur stratégique de jeune adulte.

Je vis alors la cueilleuse de champignons se relever, elle regardait le spectacle de ses congénères et subitement, fondit sur moi les yeux vermeils brillants, tous muscles tendus, toutes griffes sorties. Elle courait comme le vent, en faisant de grands gestes désordonnés, heurtant les branchages et écrasant les buissons… Elle hurlait des chants et des phrases incompréhensibles. En quelques enjambées, elle parcourut la faible distance qui nous séparait et elle plongea sur moi en me griffant le visage au sang. J’évitai ses crocs et c’était d’un réflexe de survie que je pus lui ouvrir le ventre. Elle s’agrippa et nous roulâmes dans l’herbe folle à la lisière de la forêt. Elle tentait toujours de me mordre mais j’eus le temps d’enfoncer par trois fois ma dague dans ses côtes. Elle agonisa dans un râle bestial. Je la repoussai d’un violent coup de pied sans l’achever et entrepris de secourir Théophraste mais il n’y avait plus rien à faire. Pire, les deux autres ménades, repues de sa virilité, se mirent à me poursuivre. Je filai en direction du volcan, traversant les pâturages à grandes enjambées, le souffle court.

 

*

Alors que je gagnais du terrain à la course, je vis au loin, traversant les prairies à contre sens, plusieurs ménades qui se disputaient les restes démembrés d’un corps humain. Elles lançaient des morceaux de chair en l’air en hurlant. L’une d’entre elles emportait aussi le cadavre d’une chèvre et, d’une force surhumaine, faisait tournoyer la dépouille au-dessus de sa tête. Elle courait en évidant la bête, psalmodiant comme une possédée d’affreuses mélopées qui résonnent encore dans mes oreilles. Plus tard, je compris que le corps que j’avais aperçu était celui d’une des filles du village qui, à l’aube, paradait dans ses plus beaux vêtements. Une sacrifiée pour la survie du village.

Les deux furieuses me poursuivaient toujours. J’entamai l’ascension du volcan en poussant des roches à ma suite pour les retarder. L’escalade dura une éternité.  Mes jambes étaient lourdes et mes mains en sang ; un feu ardent dévorait ma poitrine. À mi-chemin, je me retournai et vis la forêt en contrebas. Elle semblait calme mais je savais qu’un massacre s’y déroulait ; d’ailleurs je percevais, faiblement à cause du sens du vent, des cris d’épouvante et de douleur. À l’Est, je vis un troupeau de bêtes sauvages poursuivre un pauvre être. Ce devait être Eon qui agoniserait bientôt sous les assauts de folie des démones. Mes poursuivantes se retournèrent et, préférant la chasse dans les plaines, m’abandonnèrent pour se joindre au festin.  

 

Les ménades étaient descendues en force cette année, toujours plus nombreuses, dans leur abominable cortège festif, droguées par l’infusion d’amanites et de venin de vipère. Elles venaient chercher leur part de raisins, en profitaient pour récolter des champignons et surtout, elles visaient les jeunes vierges du village pour les ramener vivantes à leur dieu. Parfois, on voyait de pauvres filles jadis capturées, à peine reconnaissables, errer vêtues de peaux de chèvre dans les forêts, droguées, folles, possédées, irrécupérables et qui s’en prenaient à ceux qui avaient été leurs amis, frères ou maris. C’était notre fléau annuel qui berçait notre île depuis des décennies. Et chaque automne, l’abominable carnaval recommençait. Les ménades attaquaient à pyanepsion, le reste de l’année, elles ne descendaient pas du volcan, elles festoyaient.

 

*

Enfin arrivé au sommet, je vis que le soleil déclinait rapidement. La journée touchait à sa fin et les hordes de sauvages remonteraient bientôt, pour recommencer leur procession le lendemain. J’atteignis la cheminée du volcan éteint et vis le large plateau qui trônait de l’autre côté. Jamais personne n’avait osé s’aventurer au sommet, du moins personne qui soit revenu au village.  

Il s’étendait sur des toises un reliquat de campement de fortune constitué d’habitations grossières en bois, parfois effondrées, souvent délabrées. À l’instar de notre village, le centre du camp ressemblait à une place au milieu de laquelle trônait une gigantesque statue de taureau.

J’avançais prudemment, me cachant entre les rochers et profitant de la pénombre qui descendait lentement sur le volcan pour ne pas être repéré par les dizaines de satyres qui erraient en contrebas au milieu de ménades certainement trop vieilles ou trop saoules ou sous l’effet de quelques improbables potions pour prendre part à la chasse. L’ambiance ressemblait à celle de la fin d’un banquet au cours duquel les convives ont trop profité des vins et des hydromels. Je sentais d’enivrantes vapeurs d’encens et d’essences que je ne connaissais pas. Il y avait de grands brasiers aux fumées âcres répartis tout autour de la place. La statue, qui devait représenter leur dieu Dionysos, semblait branlante et je remarquais qu’elle n’était pas en pierre mais en bois. Un curieux mélange de bois de cornouiller, de résineux, de terre, d’herbes, de pommes de pin, de feuilles de lierre et de je ne sais quoi d’autre. Les cornes du taureau ressemblaient à un entrelacs de branchages recouverts de peaux de chèvre et les orbites contenaient des grappes de pommes de pin en guise d’yeux.

Je vis des ossements humains au creux des pattes. Certainement quelques victimes dévorées tardivement. Peut-être gardaient-elles prisonniers certains d’entre nous, les plus jeunes, et les nourrissaient-elles en attendant de les servir comme repas. Ou encore quelques satyres, devenus inutiles ? Ou alors, s’entre-dévoraient-elles ?

 

Cette journée de pyanepsion fut pour moi l’aube d’un nouveau commencement. Les insulaires pratiquaient les rites d’automne par habitude… et par instinct de survie. Depuis plusieurs générations, nous étions en désaccord sur la question de vouer un culte à Dionysos, le dieu qui nous avait appris l’art du vin. Beaucoup d’entre nous pensaient que le dieu n’existait pas ou avait abandonné depuis longtemps l’île et était un mythe ancien et révolu ; d’autres préféraient que l’on sacrifiât quelques bêtes, voire quelques jeunes vierges, pour apaiser les ménades et éviter les massacres. La question n’avait jamais été tranchée et fit l’objet de nombreuses joutes oratoires. Et pour cause, personne n’avait jamais gravi les flancs du volcan.

Je compris en voyant les coulisses de ce spectacle infernal, que les ménades, emportées par leurs folies furieuses, leurs excès, avaient depuis longtemps dévoré leur propre divinité. Autrefois, grandes prêtresses d’un dieu vivant qu’elles avaient suivi aveuglément telles des adoratrices béotiennes, perpétuellement sous l’emprise d’essences hallucinogènes et de philtres troublant leur esprit, enivrées, elles n’avaient eu de cesse de se complaire dans leurs débauches. Finalement, frappées de démence, elles n’avaient pu contenir leur fureur et maintenant elles ne vénéraient plus qu’une relique et leur procession en avait perdu tout sens. Générations après générations, elles perdaient leur humanité pour devenir de vulgaires démones à la recherche de leurs semblables.

 

*

La nuit tombait lentement et j’entendais le cortège des ménades qui revenait ; j’entendais les sons des tambourins, des cloches et des flûtes qui remontaient les pentes du volcan. Il fallait espérer que leur prise ne soit pas trop importante. Discrètement, moi, Néoclès le Léontide, je rejoignis le village en silence, victorieux d’avoir enfin atteint le sommet interdit et compris que rien n’apaiserait jamais les furieuses. L’année prochaine, le rite de pyanepsion reprendra son cours car tant que les dieux abandonneront les hommes, nous aurons des démons à combattre.

 

Ou en PDF ici http://www.phenixweb.info/sites/default/files/Furieuses-christophe-maggi...

[1] Équivalent du  mois d’octobre du calendrier attique.

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